Pour terminer notre série d'articles, voici une sélection d’anecdotes insolites et méconnues qui ont façonné l'histoire mythique du stade de la Meinau. Si la Meinau a accueilli un grand nombre d'évènements en plus d'un siècle, retour sur quelques dates importantes, voire exclusives.
24 mars 1935 : 25 092 personnes au stade, un record et un titre perdu
Le dimanche 24 mars 1935, le Racing, second, accueille le leader du championnat, Sochaux. À cinq journées de la fin, ce match peut être décisif pour l'attribution du titre. Les Sochaliens inscrivent le seul but (0-1) par l'inévitable ABEGGLEN (meilleur buteur du championnat avec 30 buts). Le Racing perd là le titre, Sochaux sera sacré champion.

M. CHAIGNEAU, secrétaire général de la Préfecture, inspecte le stade Racing en présence des autorités policières
Visite préalable des forces de l'ordre
L'article détaille qu'à 10h30, M. CHAIGNEAU, secrétaire général de la Préfecture, est arrivé au « Haemmerles Garten » pour inspecter les terrains agrandis. Il était accompagné du colonel de gendarmerie TUNTURÉ, du capitaine de gendarmerie BONNEFORD, ainsi que du commissaire de police BARBIEN. Le comité du Racing était représenté par son président, M. BELLING.
Après avoir étudié les mesures prises par le service d'ordre, il a été décidé qu'un détachement de 140 policiers et gendarmes, dont plusieurs à cheval, assurerait un service d'ordre sans accroc le dimanche. Ce ne sera pas une tâche facile de canaliser la foule, une masse humaine telle qu'on n'en a jamais vue sur un terrain de sport en Alsace. Mais cette discipline, qui est nécessaire pour un public sportif, devra également minimiser ces difficultés. Compte tenu du grand match de championnat du dimanche suivant (Racing contre Sochaux), où le nombre de spectateurs devrait dépasser les 200 000 francs (de recettes), un service de police extraordinaire doit être organisé pour assurer le bon déroulement sportif.

Le jour du match, l'arrivée des supporters
Le jour du Nouvel An 1935 commença, entre le Racing et Sochaux, la course au titre de champion de la saison 1934-1935. Depuis, ils sont restés au coude à coude avec le même nombre de points, et tous les autres adversaires ont été largement distancés. Deux dignes représentants du football français se disputaient la tête du classement de la Division nationale, et chaque dimanche leur apportait un nouveau succès. Finalement, il est devenu évident que seule la rencontre entre les deux pourrait apporter une décision. Ainsi, la rencontre Racing-Sochaux a pris le rang d'une finale virtuelle du championnat national. Le public a témoigné au match un intérêt considérable. Qui aurait cru, il y a quelques mois encore, qu'un match de championnat à Strasbourg pourrait attirer plus de 25 000 spectateurs ? Personne, probablement. C'est le mérite du club professionnel de la Meinau qui, par sa belle tenue, a réussi à susciter au plus haut point l'intérêt pour le sport.
Dès 10 heures, une vie tout à fait extraordinaire régnait dans les rues de Strasbourg. Les trains du matin étaient remplis de jeunes gens venus de partout pour voir le match Racing-Sochaux. Les restaurants servaient déjà le déjeuner à cette heure inhabituelle. Les tramways et les autobus portaient l'inscription « Stade Racing ». « Oui, si seulement le temps s'éclaircissait », entendait-on dire partout. Il s'éclaircit, et à l'heure du déjeuner, le premier rayon de soleil perça à travers les sombres nuages de pluie. Cela faisait déjà partie de la tradition, car depuis le début de la saison, pas un seul match n'avait été annulé pour cause de pluie au jardin Hämmerle. On laissa donc le parapluie à la maison. Il aurait d'ailleurs pu servir en chemin, car le public, on le sait, ne tolère pas ce genre d'obstruction à la vue.
On plaisante, on raconte des anecdotes pour passer le temps. Le match ne commence en effet que dans deux heures.

Les supporters du Racing se sont équipés de petits drapeaux blancs ou bleu et blanc. Chaque fois que le fanion de Sochaux devient visible, ces petites choses volent comme des papillons dans l'air. À 14 heures, toutes les places disponibles sont occupées. Dans les tribunes debout et sur la pelouse, les spectateurs sont serrés les uns contre les autres. Tout le monde n'a pas une bonne vue et, dans un coin, une courte « discussion » à coups de poing éclate. Un trouble-fête est emmené, et un secouriste transporte hors du terrain un jeune homme qui était venu dans la foule et avait perdu connaissance. Le Racing a fait tout ce qui était en son pouvoir pour accueillir les 25 000 spectateurs. Imaginez le chiffre : vingt-cinq mille. Beaucoup sont venus de loin, de Paris, de Lyon, de Marseille, de Lille, etc.
Les derniers invités arrivent. Une douzaine de « filous » réussissent, malgré le service de surveillance strict, à obtenir une entrée gratuite par le mur latéral. Leur professeur de gymnastique aurait eu bien du plaisir à voir l'agilité acrobatique dont ils ont fait preuve ce jour-là. Ils se sont bien entraînés au préalable, car cela s'est fait comme sur des roulettes : montée, flanc, saut et hop, dans la foule. Les spectateurs clandestins sont aussi présents en nombre suffisant. Nous en estimons environ 300 sur le remblai du chemin de fer. Même dans les arbres, des garçons audacieux se sont installés.
Vers la onzième heure, la migration vers la Meinau a commencé à prendre de plus grandes proportions. La ligne de tramway nᵒ 6 a mis en place de nombreux « trains spéciaux » qui ont connu un grand succès. Beaucoup ont également fait le chemin à pied. Pour la plupart, les ruraux, pour qui le tramway avec son moteur qui bourdonne et sa perche avec sa roulette qui produit des étincelles est une horreur. Nous avons vu des groupes de la région de Wissembourg dans le costume traditionnel pittoresque, avec bonnet de fourrure et gilet rouge. Une association de jeunes d'un village des Vosges, sac au dos et avec de lourdes chaussures à clous aux pieds, martelait le pas en rangs serrés en remontant la rue de Colmar. Et bien d'autres figures originales ont attiré l'attention des « Steckleburger » (habitants de la ville).
À 12 heures, les meilleures places sur la pelouse du stade sont occupées. Les vendeurs de saucisses et de bière font de bonnes affaires. Un drapeau bleu et jaune flotte dans la tribune debout. Les supporters de Sochaux y ont déjà pris place. Ils tentent de scander le cri de guerre : « Allez Sochaux ! »
Défilé jusqu'au stade en musique, après avoir déposé une gerbe de fleurs au monument Kléber
Le public afflue en foules de plus en plus denses. Le service d'ordre a maintenant fort à faire. Des gendarmes à cheval protègent les entrées. À 13 heures, le stade semble déjà plein. Seule la tribune officielle (qui semble assez petite) a encore des places vides. Un soleil magnifique déclenche une ambiance déchaînée parmi le public.
Sur la tribune de presse, il est annoncé que le nombre de billets vendus s'élève à 25 092 et que la recette atteint 227 000 francs. Tous les records sont battus. Jusqu'à présent, la rencontre R.S.O. – Sochaux avait rapporté la plus forte recette avec 209 000 francs, et c'était à Paris. La rencontre Racing – F.C.M. était jusqu'alors la plus suivie en province avec 17 000 spectateurs. Le haut-parleur annonce la composition des équipes, et quelques minutes plus tard, les joueurs entrent sur le terrain. Le match commence. La suite, la défaite, on la connait malheureusement ...

5 juin 1938 : le match de Coupe du Monde le plus prolifique de l'histoire !
Le 5 juin 1938, la Meinau accueille un huitième de finale de la Coupe du Monde entre la Pologne et le Brésil et le match vire au délire absolu : score final : 6-5 après prolongations pour le Brésil !
Le Brésilien Leônidas marque un triplé… sans sa chaussure droite (restée coincée dans la boue lors d'une action), reprenant le ballon du pied nu sous les yeux de l'arbitre qui n'y a vu que du feu. C'est encore aujourd'hui l'un des matchs les plus spectaculaires de l'histoire de la Coupe du Monde ; France/Angleterre en 2026 n'était pas loin avec son score de 4 à 6 !
21 juillet 1948 : le Tour de France à la Meinau
Lors de la 17e étape du Tour de France 1948 le mercredi 21 juillet, le contre-la-montre individuel entre Mulhouse a vu la victoire de Roger LAMBRECHT. Gino BARTALI était le maillot jaune et futur vainqueur.


18 avril 1984 : France / Allemagne de l'Ouest
Victoire de prestige des Bleus face aux Ouest-Allemands de la RFA (1-0) grâce à un but de Dominique ROCHETEAU devant près de 40 000 spectateurs, à deux mois du sacre des Bleus à l'Euro 1984.
14 juin 1984 : la plus grande affluence jamais atteinte à la Meinau
C'est toujours aujourd'hui (et surement pour longtemps) la plus grande affluence historique de la Meinau : 44 766 spectateurs pour la rencontre entre la République fédérale d'Allemagne (RFA) et le Portugal dans le cadre de l'Euro 1984. L'emplacement géographique de Strasbourg expliquait l'arrivée de plus de 20 000 supporters ouest-allemands pour soutenir la Nationalmannschaft face à la sélection portugaise supportée par plus de 10 000 fans. Match pauvre et occasion et score vierge à l'arrivée (0-0).
Quelques jours plus tard, le 19 juin 1984, mené (2-0) par les Diables rouges de la Belgique (finalistes de l'Euro 1980), le Danemark a accompli une remontée spectaculaire pour l'emporter (3-2) devant 36 991 spectateurs et valider sa qualification pour les demi-finales de l'Euro.
14 juillet 1984 : concert de Stevie Wonder
Premier très grand concert international à la Meinau après la rénovation du stade pour l'Euro 84. Le roi de la Motown réunit des dizaines de milliers de fans sous la chaleur strasbourgeoise.
11 mai 1988 : finale de la Coupe des Coupes entre Malines et l'Ajax Amsterdam
La Meinau accueille la prestigieuse finale européenne organisée dans le cadre du bimillénaire de la ville de Strasbourg. L'Ajax d'Amsterdam de Denis BERGKAMP était ultra-favori, mais le petit club belge du KV Malines réalisa l'exploit en s'imposant (1-0) grâce à un but de Piet den BOER.
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8 et 9 octobre 1988 : une invasion de terrain… pour saluer le Pape
Le 8 et 9 octobre 1988, la Meinau troque ses crampons pour la foi. Le pape Jean-Paul II, en visite en Alsace, rassemble plus de 75 000 personnes dans le stade pour une grande célébration. Le samedi 8 octobre au soir, grande veillée de prière avec la jeunesse d'Europe avec plus de 35 000 jeunes. Le dimanche 9 octobre au matin, messe solennelle en plein air réunissant 40 000 personnes sur la pelouse et dans les tribunes.

11 novembre 1989 : le rugby à la Meinau !
Test-match international entre la France et l'Australie (15-32). Les Australiens, emmenés par Michael LYNAGH et David CAMPESE, l'ont emporté face au XV de France de Serge BLANCO.
23 juin 1993 : concert de U2
Dans le cadre du Zoo TV Tour, concert culte où le groupe irlandais installe une structure géante faite d'écrans cathodiques, de voitures Trabant suspendues et de paraboles satellites. Bono y interprète ses plus grands tubes (One, With or Without You).
9 septembre 1994 : concert de Pink Floyd
Plus de 40 000 spectateurs ont assisté à une performance mémorable mêlant effets pyrotechniques, lasers, un dirigeable au-dessus du stade et une acoustique immersive quadraphonique pour le concert de la tournée The Division Bell Tour.
29 mai 1996 : amical de la France face à la Finlande
Dernier test avant l'Euro 1996 en Angleterre, la France s'impose grâce à des buts de Patrice LOKO et Reynald PEDROS de 29 304 spectateurs.
22 juin 2003 : la tournée des 60 ans de Johnny et la scène monumentale
En juin 2003, Johnny fête ses 60 ans avec une tournée des stades monumentale. Pour son passage à la Meinau devant plus de 35 000 spectateurs en délire, la production débarque avec une scène de 60 mètres de long sur 20 mètres de haut. L'installation était tellement colossale qu'il a fallu plusieurs jours pour transformer le terrain de football en gigawatt-club de rock et protéger la pelouse avec des plaques spéciales. La pelouse ne supportera, une nouvelle fois, pas le spectacle…
1ᵉʳ septembre 2021 : la dernière venue des Bleus
Premier match officiel des champions du monde 2018 à Strasbourg depuis 1996 dans le cadre des éliminatoires du Mondial 2022. Antoine GRIEZMANN égalisera pour la France face à la Bosnie-Herzégovine (1-1).
La série d'articles s'arrête ici, mais l'histoire du Racing ne s'arrêtera jamais. Retrouvez les récits historiques de Rémy VOEGEL sur histoiredevalff.fr.
Sources :
- Gallica
- Livre « Le football en Alsace de 1890 à 1950 » par Pierre PERNY
- Livre « Il était une fois le Racing »
- IA pour les illustrations manquantes
- Autres sources secondaires
- Merci à Philippe WOLFF pour des anecdotes !
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