Charles BELLING (1893–1964) est la figure paternelle et le bâtisseur le plus important de l'histoire du Racing. À la fois athlète accompli et dirigeant visionnaire, il a dédié près de quarante ans de sa vie au club, le faisant passer du statut de petite équipe de quartier à celui d'institution majeure du sport français.

Du gamin de la rue au jeune dirigeant

Né le 24 mai 1893 à Strasbourg, Charles BELLING fait partie de la fameuse bande d'écoliers de la rue d'Erstein qui, à l'automne 1906, cotisent leurs quelques pièces pour s'offrir un ballon en cuir et fonder le FC Neudorf (le nom initial du Racing). Il s'implique immédiatement dans les structures du club en devenant son secrétaire en 1909, alors qu'il n'est encore qu'un adolescent. Parallèlement, c'est un excellent athlète qui brille dans toute la région d'Alsace (alors sous empire allemand), dominant les compétitions régionales d'athlétisme d'avant-guerre.

Charles BELLING en 1923

L'homme fort de 1919 : le tournant français

En janvier 1919, l'Alsace redevient française et le président de l'époque, Louis BECKER (qui s'avère être de nationalité allemande), doit céder sa place. Charles BELLING est élu président à seulement 26 ans. C'est lui qui orchestre les choix historiques majeurs. Il rebaptise le club en Racing Club de Strasbourg en hommage au prestigieux Racing Club de France. Convaincu des bienfaits de la diversification, il impulse la création de sections d'athlétisme et d'autres disciplines au-delà du football.

Le bâtisseur de la Meinau

Sur le plan des infrastructures, c'est également à Charles BELLING que l'on doit la transformation du terrain rudimentaire du Jardin Haemmerlé en un véritable stade. C'est sous sa direction que sont construites les premières tribunes en bois de la Meinau, et qu'est aménagée la piste d'athlétisme qui ceinturera la pelouse de football pendant très longtemps.

Stade de la Meinau avec ses tribunes

La popularité du club ne cessant d’augmenter, une première tribune en bois est construite en 1921. Le stade de la Meinau prend son nom simultanément. Complété en 1933 par une deuxième tribune, le stade compte alors 2 800 places. La Coupe du monde en 1938 permet de moderniser l’enceinte : de nouveaux vestiaires et escaliers sont construits, et neuf lignes téléphoniques pour retranscrire en direct les matchs à la radio sont mises en place [source].

Une longévité exceptionnelle et la résistance (1919-1959)

Au total, BELLING a régné sur le club pendant près de 40 ans, un record absolu de longévité pour la présidence du Racing. Sa gouvernance a traversé les décennies et les crises. Lors de l'exode des Alsaciens en 1939, il suit une grande partie des membres du club en Dordogne. À la Libération en 1945, il reprend immédiatement les rênes pour relancer le club sous son nom français (le club ayant été germanisé de force en Rasensport Club pendant l'occupation). Sous sa présidence, le club atteint la finale de la Coupe de France (1937, 1947) et remporte son tout premier titre national majeur : la Coupe de France 1951.

Avant la finale de Coupe de France 1937 (Charles BELLING à gauche, le Président Albert LEBRUN, Elek SCHWARTZ, HUMMENBERGER,, Henri ROESSLER et Fritz KELLER)

Charles BELLING (à gauche) et le maire Charles FREY saluent les joueurs strasbourgeois et parisiens le 16 juin 1945 lors de la Fête de la Résistance (Photo du livre « Racing 100 ans »)

Il assistera également au match de Coupe du Monde entre le Bréseil et la Pologne au Stade de la Meinau le 5 juin 1938 sur le score prolifique de 6 à 5. Toujours passionné d'athlétisme, il crée aussi la Ligue d'Alsace d'Athlétisme, dont il prend la présidence. Dans sa vie privée, il avait épousé Marthe Élisabeth HAAS, née en 1895, le 5 septembre 1922. Elle décèdera à Strasbourg le 6 mars 1983

Distingué comme Chevalier de la Légion d'honneur en 1948 pour ses services rendus au sport, Charles BELLING passe la main à la fin des années 1950 (Jean-Nicolas MULLER lui succède en 1959) et s'éteint le 30 septembre 1964 à Strasbourg à l'âge de 71 ans.

Histoire à suivre ...

Sources :

En savoir plus sur les 120 ans du Racing :

  1. Aux origines du football strasbourgeois
  2. De la rue d'Erstein au Stade de la Meinau
  3. Du FC Neudorf au Racing Club de Strasbourg, l'histoire d'un nom
  4. Charles Belling, le bâtisseur
  5. Le Racing Club de Strasbourg omnisports
  6. Les anecdotes historiques